A l’assaut de l’Atlantique Nord…

Nous y voilà. Le moment plus redouté qu’attendu est maintenant devant nous.

Moment pas très attendu car il annonce le début de la fin de notre voyage. Il reste encore beaucoup de miles à parcourir mais le climat tropical et les eaux turquoise seront bientôt derrière nous.

Moment redouté car les différents témoignages lus annoncent une partie de plaisir un peu différente qu’à l’aller, parsemée de dépressions, de mer inconfortable et parfois de vents et vagues de face.

Tous nos équipiers de transat retour sont maintenant à bord, nous quittons Palm Cay sur l’ile de New Providence au nord des Bahamas. Le routeur nous envoie direction le nord de Bermudes, encore un nom qui évoque des choses. Soit, c’est parti pour une traversée de l’atlantique nord, nous sommes préparés, le bateau aussi, l’arrivée aux Açores est prévue dans une vingtaine de jours.

On surveille de prés nos fichiers de vent… on a quand même en tête le fameux triangle des Bermudes…avec ses récits catastrophes et autres phénomènes bizarres aux explications pas trop rationnelles qui l’entourent. Notre inconscient fonctionne à plein régime mais dans les faits on ne voit rien si ce n’est des dauphins et tant mieux!!! Nous ferons même notre record de distance sur 24 heures dans cette zone (oui, il y avait un peu de vent quand même) 220 miles nautiques… cool ! Avec des moyenne comme cela, on commence bien entendu à faire des paris sur la date d’arrivée aux Açores… 20 jours étant l’étalon de base…ça va de 15 jours à 20 jours…bon sans compter que l’océan Atlantique Nord est loin d’être un long fleuve tranquille. On est stoppé net pendant 3 jours : Eole se repose et nous aussi pour le coup (même si on n’est pas vraiment fatigués pour le moment!). P’tit dej sur le trampo, petits plats sympas, farniente au soleil. Notre moyenne en prend un coup et les plus optimistes du groupe commencent à voir s’éloigner la victoire des paris…

Avec le recul on peut dire que c’était le calme avant la tempête : les fichiers vents s’affolent et nous commençons à descendre vers le Sud pour éviter une grooooossssse dépression établie au Nord bien au dessus de nous mais dont les effets vents et vagues peuvent nous atteindre… En descendant plus au Sud, on ne devrait prendre que la queue de la dépression. Là où ça se complique c’est qu’il y a une deuxième dépression qui elle, vient du Sud Ouest et qui remonte vers le Nord Est … »Original » nous écrira notre routeur (ce n’est pas vraiment le terme qui nous est venu en premier à l’esprit de notre côté… carrément plus trivial, limite grossier, dans nos pensées…), sur son point quotidien en spécifiant plus clairement « préparez l’équipage et le bateau en conséquence » car grosso modo on va se retrouver en sandwich entre les deux pour 5-6 jours environ si nos calculs sont bons…

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La décision est prise de ralentir au maximum pour les laisser passer devant nous et ainsi écourter le temps inconfortable à passer au milieu de cette zone rouge. On y est…vents forcissant en pointe jusqu’à 50 nœuds (+/- 100 km/h) et vagues de 4 à 5 mètres au 3/4 arrière du bateau. Malgré nos voiles affalées avec seulement un mouchoir de poche de 10 m² à l’avant, le bateau avance « tranquillement » en moyenne à 7 nœuds, surfant allègrement sur les vagues. On fera un surf à 18.5 nœuds…On se sent petit, tout petit…Paradoxalement on se sent en sécurité, le bateau et surtout le pilote automatique  anticipe bien et le bateau est bien calé entre les vagues. 72 heures à rester à l’intérieur…baie vitrée fermée, à regarder au dehors l’océan, les vagues, l’écume se former à leurs crêtes et écouter les frappes incessantes des vagues sur les coques ou la nacelle… toujours à l’affut quand même de bruits « pas normaux »… car ce qui impressionne le plus n’est pas forcément la hauteur des vagues mais réellement les bruits et chocs et on imagine bien la tension qu’encaisse le bateau dans ces moments là quand gainés au maximum et accrochés à notre matelas ou notre oreiller (moins efficace…), nous essayons de maintenir notre corps à plat pour trouver le sommeil! Option Fitness et nuits blanches en illimité inclus dans le forfait…

Ces conditions sont une première pour nous et quand ça s’arrête, nous sommes soulagés et contents de l’avoir passé sans soucis majeurs, de voir l’équipage serein et confiant…Le vent faiblit même si c’est très relatif car on reste de longues journées et nuits sur un vent bien établi autour de 20-25 nœuds, frôlant voire dépassant assez régulièrement les 30 nœuds, ce qui dans d’autres conditions et autres lieux nous aurait fait prendre la décision de rester sagement au port…

L’ambiance à bord est bonne. On reprend nos activités quotidiennes ; belotes, films, siestes, lecture, guitare, cuisine…

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Le soleil n’est pas au rdv. Les Tolimara sont en dépression thermique. Le reste de l’équipage un peu moins car à priori bien habitué par un hiver et un printemps plutôt pluvieux en France. Mais pour nous, passer de 28°de moyenne à 20°, le choc est raide !!! On sort les chaussettes, les polaires, une deuxième couverture et on se dit  que le climat tropical des Caraïbes est bel et bien derrière nous…

Nous serons accompagnés plusieurs fois par les dauphins à l’étrave… même par un banc de bonites… à l’étrave aussi…certainement de la famille des bonites moqueuses mais nous ne partageons pas le même humour… on aurait préféré qu’elles se baladent devant nos leurres au chômage depuis le départ. Mac Richard trouve la solution, il sort le fusil harpon, se cale à l’avant du trampo, bien attaché, Toto en sécu derrière, arme son fusil, vise et…. Plouf…et… re arme, re vise et…re Plouf… c’était bien tenté…les bonites ont bien dû se marrer… La persévérance de Raphaël et Richard sera quand même récompensée deux jours avant l’arrivée, par la prise d’un joli thon jaune de 5kg. Un vrai régal pour nos papilles mal habituées et en overdose de knackis et bacon des Bahamas…

18 jours et 2856 miles nautiques plus tard (5200 kms), l’arrivée sur la Horta, île de Faïal aux Açores se fait dans la brume et sous des pluies diluviennes…certainement pour rappeler à notre doux souvenir les grains tropicaux de notre aventure ! Nous aurions eu ces conditions dans un tout autre mouillage, nous aurions attendu sagement que la pluie se calme, avant de poser notre ancre… mais là comme des enfants devant le sapin de Noël à l’ouverture des cadeaux, nous étions trop impatients de voir, de sentir, de toucher la terre, d’entendre le bruit du guindeau dérouler la chaine et arrêter le bateau et surtout…savourer le calme!  On ne voit rien à 100 mètres devant nous.

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Nous sommes trempés sur le trampoline à faire un signe amical avec un sourire béat aux bateaux déjà à l’ancre qui doivent se dire qu’on a choisi la bonne fenêtre météo pour arriver…rincés, dégoulinants mais heureux. Heureux de l’avoir fait, heureux d’avoir partagé ces moments avec nos enfants, avec nos équipiers Wincher Seb, Mac Richard et Doc Ines, heureux de voir tout le monde avec le sourire.

Les Tolimara

Le Post de Doc Inès…

Pour la transat-retour, les Tolimara ont accueilli 3 coéquipiers triés sur le volet. 3 motivés par la traversée de l’Atlantique Nord dans un catamaran de 14 mètres, ce sacré challenge…

Alors, bien sûr, il y en a d’autres qui le font, bien sûr on n’est pas les premiers, ni les plus rapides, ni…,ni… mais abandonner les côtes en sachant que près de 5000km sont à parcourir avant de revoir la terre, ce n’est tout de même pas banal !

Nous étions tous les 3 rassurés par nos hôtes dont les qualités de voileux et d’accueil étaient déjà confirmées par quelques mois d’exercice !

Nous avons donc largué les amarres à Palm Cay Marina (Bahamas) le vendredi 18  mai.

Et notre micro-société flottante était ainsi fondée ! Sa mission, assurer bien-être et sécurité à chacun à travers notre périple. Un mélange de « carpe idem » et de « qui va piano va sano, va lontano » bien rodé par les Tolimaras.

Bien-être et bonne humeur avec la guitare sur le pont.

Nous avons chanté, avec une bonne bière, les bonites et les thons, les dauphins et ….les sirènes (les gars ont dû en voir au clair de lune, seuls sur le pont !).

Bien-être et bonne bouffe.

Nous avons usé d’une inventivité extraordinaire pour des menus toujours renouvelés à partir de denrées …jamais renouvelées (Premier supermarché à 2500 km et pêche décevante).

Le pavillon français a été porté avec honneur !

Sécurité et quarts

Nous avons « veillé aux grains » (ceux qui amènent vent et pluie) et aux cargos (si rares que ces vilains bateaux, seule présence humaine à proximité finissaient par être émouvants et mériter des photos), accompagnés de « la casa de papel » pour certains mais la vigilance était toujours de mise…

Sécurité et dépressions

Alors les dépressions, ça me connaît…la dépression psychologique, pas tant la barométrique ! Celle-là ébranle aussi, un moment de chaos à traverser.

Nous avons héroïquement bravé des vents de force 9 (45 noeuds) et des vagues de 4m, véritables murs d’eau qui  poursuivaient notre petite embarcation, avec les gilets de sauvetage apprêtés et le Grab bag préparé.

Nous avons donc tous appris à nous connaître à travers des situations étonnantes : la tête dans le seau ou la gueule enfarinée au relais au milieu de la nuit ou encore dans nos réactions face aux coups de bourre, aux coups de vent, etc…

Et les 18 jours en huis clos à 7 se sont déroulés sans le moindre heurt.

Alors l’immensité ? C’est l’horizon sur 360°…tous les jours, tous les couchers et levers de soleil et de lune sans jamais d’obstacle (en-dehors d’un méchant nuage quelques fois), c’est être tout petit dans ce disque bleu à l’infini.

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Nous arrivons de l’autre côté de l’Atlantique, plus beaux (halés par les embruns), plus toniques (gainés en profondeur pour rester debout dans les mouvements) et surtout plus humbles (on l’était déjà, bien sûr, mais on l’est davantage !) et riches d’une belle expérience !

Merci aux Tolimaras !

5 réflexions sur “A l’assaut de l’Atlantique Nord…

  1. Bravo les Tolimara pour votre courage et votre détermination !

    Il faut une force mentale hors du commun pour accomplir un tel périple.
    Pour moi vous êtes des héros.

    Bon retour sur le plancher des vaches !
    Bisous.
    Michèle

    J'aime

    1. Merci Michèle pour ton message… on est loin d’être des héros !!! Contents d’avoir terminé le tour sans casse ni blessés!!! Et heureux d’avoir vécu des moments forts et de belles rencontres ! J’espère que tout va bien pour vous. En espérant vous voir à Bisca. Bises à tous les deux

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